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date de publication : 1er mai 2004
Laotseu — Wang Pi
Le guide de compréhension de la pensée de Laotseu

Cette publication s'adresse aux gens qui souffrent de l'incompréhension de la pensée de Laotseu. Il s'agit là d'une présentation de l'interprétation de Wang Pi (226-249) sur Tao Teh King, Traité de Laotseu.

Le texte actuel de Tao Teh King est établi par lui, âgé de 16 ans, avec son commentaire, mais en Occident curieusement on ne trouve pas de présentation précise des commentaires de ce grand génie précoce.

Pour commencer, l'auteur présente « l'introduction », ensuite chapitre 1.

Il faut bien réfléchir chaque mot, et « réaliser » la signification de mot. Sinon on touchera des carcasses de mot.

Eugène Lim

Note : si vous ne voyez pas les caractères Chinois, consultez la version Acrobat version Acrobat


道德經

— Maître Lim—

Introduction

On comprend mal la pensée de Laotseu ; la raison principale est que son style est trop flou en dépit de ses expressions tranchantes et concises; La deuxième raison tient à une insuffisance de présentation, c'est-à-dire que les interprétateurs et les traducteurs n'ont pas bien compris le commentaire de Wang Pi sur le Tao Teh King.

Souvent, un mot de Laotseu est une flèche lancée vers le noyau du tao, mais elle ne tire jamais juste, car le tao est une nuée constamment flottante. Chaque moment où l'on s'assure - en fait c'est une illusion - qu'on l'a pris, le tao s'échappe hors de notre portée.

Wang Pi dit : « Il vaut mieux ne pas trop chercher à préciser le tao. » Par ailleurs, Laotseu a dit : « Mieux vaut considérer savoir comme non savoir »知 不 知上 (chap.71)

Qu'est-ce que le tao ? Le tao est inexprimable par la langue. Qu'est-ce que la langue ? Elle est un véhicule pour la pensée qui est son maître. Mais quand il s'agit d'une pensée fine et subtile, la langue est susceptible de se montrer autonome et de trahir son maître.

Sans langage, le tao existe comme le cosmos existe. Il existe juste comme si de rien n'était, et il fonctionne. De même, le cosmos existe, et il fonctionne toujours à sa propre manière naturelle 自然 ; il n'y a rien à dire de plus. Il est donc inutile de chercher l'origine du tao. Il est là, tout seul dans un état indéfini, détaché de tout telos (cause finale) et de toute essence artificielle. Il vaut mieux appréhender le tao sans en parler.

Tout d'abord, le tao apparaît par le non-être. Ce non-être n'est pas le néant-vacuum stérile; Il est de l'énergie cosmique qui favorise la naissance (l'être) de quelque chose larvée. On peut dire que le tao est un autre nom du Taiji 太極, la source des deux éléments antipodes du Yiking, yin (élément passif, qui correspond au non-être) et yang (élément actif qui correspond à l'être).

Il y a du silence (sans-parole, non-être) avant la parole (être), et après la parole, il y a du silence. Ces deux alternent. Il y a du calme (non-être, creux) avant le mouvement (être), et après le mouvement, il y a du calme. Ces deux alternent toujours d'une manière naturelle. Qu'est-ce que la manière naturelle ?

Sur la terre, il n'y a pas de chemin (non-être). Au fur et à mesure qu'augmente le nombre de passagers, d'une manière naturelle se forme un chemin (être), et quand il n'y a plus personne qui y passe, toujours d'une manière naturelle, le chemin disparaît. Paraître, disparaître, cette alternance/changement est constance , comme le mouvement astral fonctionne d'une manière naturelle.

De nombreux traducteurs occidentaux ont pris le mot constance pour l'éternité. Cette erreur est liée à la tradition aveugle de l'idéalisme spéculatif.

Faisons le tour d'horizon des traductions du Tao Teh King, en nous concentrant sur quatre traductions du chapitre 1.

1/ Traduction par Liou Kia Hway, Gallimard :

« Le Tao qu'on tente de saisir n'est pas le Tao lui-même ;
le nom qu'on veut lui donner n'est pas le nom adéquat.
Sans nom, il représente l'origine de l'univers ;
Avec nom, il constitue la Mère de tous les êtres.
Par le non-être, saisissons son secret ;
Par l'être, abordons son accès.
Non-être et être sortant d'un fond unique ne se différencient que par leurs noms.
Ce fond unique s'appelle Obscurité.
Obscurcir cette obscurité, voilà la porte de toute merveille. »

2/ Traduction par J. J. L. Duyvendak,
sinologue hollandais, édition Adrien Maisonneuve 1987 :

« La Voie vraiment Voie est autre qu'une voie constante.
Les Termes vraiment Termes sont autres que des termes constants.
Le terme non-être indique le commencement du ciel et de la terre.
Le terme Être indique la mère des dix mille choses.
Aussi est-ce par l'alternance constante entre le non-être te l'être que, de l'un, on verra le prodige, et de l'autre, on verra les bornes.
Les deux, bien qu'ils aient une origine commune, sont désignés par des termes différents.
Ce qu'ils ont en commun, je l'appelle le Mystère, le Mystère suprême, la porte de tous les prodiges. »

3/ Traduction par Isabelle Robinet,
Laozi et le tao, page 17 ; Bayard édition :

« Les voies qui peuvent être suivies (ou dites) ne sont pas la Voie constante.
Les noms qui peuvent être nommés ne sont pas le Nom constant.
Sans nom est le commencement du Ciel et de la Terre ;
Constamment sans désir on contemple la merveille.
Constamment dans le désir, on contemple les abords.
Tous deux ont même Origine et noms différents ;
Ensemble, on les dit le Mystère.
Mystère sur mystère, porte de toutes les merveilles. »

4/ Traduction par Léon Wieger,
jésuite, Société d'édition Les Belles Lettres 1913 :

« A Le principe qui peut être énoncé, n'est pas celui qui fut toujours.
L'être qui peut être nommé n'est pas celui qui fut de tout temps.
Avant le temps, fut un être ineffable, innommable.
B Alors qu'il était encore innommable, il conçut le ciel et la terre.
Après qu'il fut ainsi devenu nommable, il donna naissance à tous les êtres.
C Ces deux actes n'en sont qu'un, sous deux dénominations différentes.
L'acte générateur unique, c'est le mystère de l'origine.
Mystère des mystères, porte par laquelle ont débouché sur la scène de l'univers, toutes les merveilles qui le remplissent.
D La connaissance que l'homme a du principe universel dépend de l'état de son esprit.
L'esprit habituellement libre de passions, connaît sa mystérieuse essence.
L'esprit habituellement passionné, ne connaîtra que ses effets. »

Tout d'abord, quelques considérations sur l'emploi des lettres majuscules.

Dans le cas de Liou, on peut mettre le tao en majuscule, ou en minuscule. C'est le choix d'un traducteur. La « Mère » en majuscule peut être justifié, parce qu'il n'y a qu'une mère de tous les êtres. « Obscurité » en majuscule n'a pas de sens. Liou n'a pas trouvé la signification de l'obscurité, comme on le verra plus tard.

Dans le cas de Duyvendak, « La Voie vraiment Voie » est une traduction erronée qui risque d'engendrer l'incompréhension chez le lecteur. Il faut absolument traduire mot à mot.

Néanmoins, Duyvendak explique, plus littéralement : « voie qui peut être considérée comme la Voie. » Il en est de même de « Les termes vraiment Termes ». Il sait bien que la constance signifie « la mutabilité constante », pas « l'éternité » - l'erreur fréquente commise par les traducteurs. Ensuite, « Le Mystère » en majuscule n'a pas de sens.

Dans le cas de Robinet, la Voie en majuscule est justifié, parce qu'il n'y a qu'une voie constante. Il est inutile de mettre le ciel et la terre en majuscules. « La Merveille » et « le Mystère » en majuscules ne signifient rien ; tout simplement, la merveille et le mystère.

Deuxièmement, quelques considérations sur la terminologie.

Le style de Laotseu est simple, naïf, cru et brut, paradoxalement fin ; il porte une profondeur cosmologique. Il vaut mieux traduire littéralement mot à mot autant que possible. Il ne faut ni arrondir ni embellir. Laotseu dit : « Une parole digne de foi n'est pas belle ». 信言不美 chap. 81

Pour examiner les traductions ci-dessus, il faut délimiter la portée du sens des mots clef qui figurent dans le chapitre I :

Tao , ming , chang , hyun , myao

En ce qui concerne le tao , on a déjà « contacté son contour et ses environs » juste comme on se met dans un courant d'air. Scruter avec excès le tao est un chemin menant au préjugé. Avec le préjugé, on déforme le naturel et on fabrique l'artificiel. Si on ne trouve rien du Tao, il faut le mettre aux oubliettes ; c'est meilleur que chercher en état de myopie. Constamment de façon naturelle et spontanée.

Quant à la constance , ce mot est assez flou ; c'est le retour à la base et à l'ordre, souvent l'alternance entre le non-être et l'être.

Sur le nom Le nom est l'appellation d'un être, c'est-à-dire sa représentation, en d'autres termes sa définition. Le deuxième paragraphe du chap. I montre bien le rapport imparfait entre le tao et son expression. Ce thème - une caractéristique importante du Tao Teh King - est lié au dernier paragraphe, « mystère de mystère » 玄之又玄, mais seule Anne Cheng y met de l'emphase (Histoire de la pensée chinoise, p 328-337). Liou et Duyvendak ne s'en doutent même pas. Robinet ne l'ignore pas, mais n'a pas « réalisé » son importance, semble-t-il.

Sur « Le mystère » ou « l'obscurité » Selon le Yiking, c'est la couleur du ciel du nord 天玄. Selon Wang Pi, ce mot signifie sombre, profond, hermétique, silencieux ou non-être. Le mystère n'est pas une bonne traduction, car ce mot qui découle du sentiment religieux ne s'adresse pas à la philosophie, qui exige la lucidité, mais à l'ésotérisme ou au mysticisme (superstitieux). Le mystère demeure toujours introuvable, donc inexplorable. Par là, on peut dire que le mystère n'est pas un sujet pour la philosophie. La traduction juste pour ce mot est « la profondeur hermétique ». Insistons sur le fait que la profondeur est forcément explorable. Le ciel est noirâtre, et la terre est jaune 天玄地黃. La couleur du ciel nocturne de Paris en été est le noir rougeâtre ; celle du ciel estival de Naples est bleu. Pour se figurer cette couleur, il vaut mieux regarder la photo de notre planète prise depuis le satellite américain qui était arrivé sur la lune. Il semble qu'elle représente la couleur de la profondeur cosmique.

Sur « la merveille » ou bien « le prodige » Ce mot n'a pas de sens particulier ; il est composé de + = femme + mineur. Une adolescente rêve. Pour se saisir de cette idée, il vaut mieux imaginer la figure d'une jolie adolescente, soit humaine soit animale. C'est merveilleux !


Sur la traduction de Liou

Cette traduction n'est pas mauvaise. Le traducteur a essayé de faire comprendre aux lecteurs le sens du Tao. Il a traduit « le tao constant », 常道, en « tao lui-même », « le nom constant », 常名, en « son nom adéquat », « sa merveille », 其妙 en « son secret ». Ce n'est pas mal fait. Mais il n'a pas trouvé le sens du dernier paragraphe - quatre mots clef - selon lui : « obscurcir cette obscurité », car il n'a pas lu le commentaire de Wang Pi, semble-t-il (voir chap. I). En plus, sur le chapitre 2, il n'a rien compris.

Sur la traduction de Duyvendak

« La Voie vraiment Voie et les Termes vraiment Termes » sont des erreurs : incompréhension du texte. Ce sinologue sérieux fouille tous les recoins de tous les mots ; par exemple, sur la ligne « Sans désir, on voit la merveille » : 無欲, 以觀其妙 (texte de Wang Pi), à l'instar des interprétateurs récents, il ponctue d'une autre façon : , 欲以觀其妙, « le non-être veut par-là voir la merveille ». Au fond, aucune différence de signification entre les deux traductions (sa traduction s'adresse aux spécialistes). Cependant, il n'a pas remarqué le sens du dernier paragraphe - comme Liou. Il n'a rien compris non plus au chap. 2 : « Le thème de ce chapitre II a besoin de peu d'explication . Il poursuit l'anti-thèse “ être ” “ non-être ” du chapitre I. » Manifestement, il n'a pas lu le commentaire de Wang Pi.

Sur la traduction d'Isabelle Robinet

Cette traduction étant littérale, mot à mot, il n'y a pas grand chose à en dire. Deux détails de vocabulaire : « Les voies qui peuvent être suivies (ou dites), 道可道. Le mot signifie le tao (voie, morale) et rarement « dire ». Le mot signifie pouvoir ou devoir. Dans le chap. I, « devoir » serait meilleur que « pouvoir », parce qu'il porte un sens factitif.

Par ailleurs, un reproche délicat. Robinet a fait une bonne contribution pour présenter le taoïsme à plusieurs niveaux, philosophique, religieux, historique, ethnologique. Son œuvre principale «  Les commentaires du Tao tö King jusqu'au 7ème siècle » couvre un vaste domaine. La compréhension totale du taoïsme à travers dix siècles dépasserait la capacité humaine. Donc, quand il s'agit d'un sujet fin et hermétique qui exige la précision philosophique, si on n'y concentre pas l'esprit, on tend à commettre des erreurs par désinvolture imprudente. En commentant le chap. II, elle a fait une erreur grossière, qui montre une ironie démesurée et une incapacité à comprendre les sous-entendus des phrases ardues (voir chap. II).

Sur la traduction de Léon Wieger

Ce traducteur serait un « doctrinaire » strict et rigide. Avec rigidité, on ne peut pas rattraper le tao fuyant les esprits obsessionnels et têtus ; ce jésuite a modifié à sa manière moraliste le sens de texte : « L'esprit habituellement libre de passions connaît sa mystérieuse essence. L'esprit habituellement passionné ne connaîtra que ses effets. »

On dit que sa traduction a servi de texte de base pour plusieurs traductions ramifiées.

Dans les deux cas de Liou et de Duyvendak, il s'agit d'une traduction explicatrice ; dans le cas de Robinet, il s'agit d'une traduction littérale. Dans le premier, on perd le prestige du style original de Laotseu. (Tradutore, traditore. La traduction est une trahison). Dans le dernier, il y a un fort risque de dégrader le texte en « carcasse sans âme ». A la rigueur, il n'y a aucune bonne traduction, notamment sur Laotseu. C'était le dilemme de Voltaire qui a traduit Shakespeare.


老 子 道 德 經 Tao Teh King

一 章 chap. I

 

道 可 道 非 常 道

名 可 名 非 常 名

無 名 天 地 之 始

有 名 萬 物 之 母

故 常 無 欲 以 觀 其 妙

常 有 欲 以 觀 其 徼

此 兩 者 同 出 而 異 名

同 謂 之 玄

玄 之 又 玄

眾 妙 之 門

 

道 可 道 非 常 道

名 可 名 非 常 名

Le tao qui doit être tao (énoncé) n'est pas le tao constant.

Le nom qui doit être nom n'est pas le nom constant.

Commentaire de Wang Pi : « Le tao qui doit être énoncé et le nom qui doit être nommé, c'est de désigner les choses et de faire les figures (Référence I) 可道之道可名之名指事造形; ce n'est pas sa constance. Donc, il ne faut pas le dire, non plus le nommer (Réf 2) 非其常也故不可道不可名也 . »

L'interprétation de l'auteur : le tao parlé est une chose désignée, donc il n'est pas le tao naturel et original. Le nom appelé est une figure faite, donc il n'est pas dans son état naturel et original. Le mot constant signifie souvent l'alternance perpétuelle entre le non-être et l'être, c'est-à-dire la force motrice de tout l'univers. Pour le comprendre, il faut se référer au chap. 25 et au commentaire général. On répète encore : ------ le tao suit le naturel 自然. Qu'est-ce que le naturel ? Ce n'est pas la nature, mais cela veut dire « à la manière naturelle ». Ne le cherchons pas, ne le nommons pas ; le nommer, c'est le fixer. Fixer est l'acte artificiel , pas naturel. Le naturel est là, haut comme une grande montagne dont la naissance injustifiable qui domine toute plaine qui l'environne. Ce premier paragraphe du premier chapitre s'oppose diamétralement à toutes les pensées essentialistes (toutes les religions et toutes les sortes d'idéalisme spéculatif).

Réf 1 : Désigner une chose veut dire voir et connaître, c'est-à-dire, juger et comprendre sa représentation. Faire les signes veut dire, selon le Yiking, faire des signes au ciel (le soleil, la lune et les étoiles), et faire des formes sur la terre (la montagne, le fleuve, les arbres et les herbes).

Réf 2 : Le nom qui doit être le nom 可名之名. Il s'agit là de la fonction de la langue. Les sages asiatiques (Laotseu, Confucius, et le Bouddha) s'étaient bien convaincus de la portée de la langue - ce qui est véhicule de la pensée : la parole n'épuise pas son but. 言不盡意. En Occident, à partir du début de 20e siècle, « la crise de la langue » a été propagée.

無 名 天 地 之 始

有 名 萬 物 之 母

Le sans-nom est le commencement du ciel et de la terre. Le nom est la mère de toutes les choses.

Com. de W. P. : « Tous les êtres commencent au non-être, donc quand il n'y a ni forme ni nom, c'est le commencement de toutes les choses (cf chap. 25). Quand il y aura des formes et des noms, on les fait grandir, les élève, les fait s'épanouir et les conduit ; c'est bien le rôle de la mère du monde. Quand il s'agit du tao, il débute sans forme ni nom, et il commence à produire toutes les choses. Pour elles, bien que leur formation soit bien démarrée et faite avec le sans-forme et le sans-nom, elles ne savent pas comment elles sont devenues ainsi ; c'est la profondeur de profondeur » (玄之又玄). Wang Pi martèle (comm. chap. 40) : « Toutes les choses sous le ciel sont nées avec l'être. Là où l'être commence, il fait sa racine avec le non-être. S'il veut tout son être entier, il doit absolument retourner au non-être (néant). »
天下之物皆以有為生。有之所始以無為本。將欲全有必反於無

cf chap. 51 : « Le tao enfante, la vertu nourrit, la matière forme, la force développe. Par là, toutes les choses ne peuvent pas ne pas respecter le tao et la vertu. Le tao est vénérable, la vertu est honorable ; personne ne l'a ordonné. Toujours, ainsi soit-il. »
道生之德畜之物形之勢成之是以萬物莫不尊道而貴德道之尊德之貴夫莫之命而常自然

Le tao enfante, la vertu nourrit ; ils font grandir, ils élèvent, ils font épanouir, ils conduisent, ils alimentent, ils protègent, mais ils ne s'approprient pas. Ils agissent, mais ils n'espèrent rien. Ils élèvent, mais ils ne gouvernent pas. Cela s'appelle la profondeur hermétique du tao. (selon W. P., la profondeur signifie les ténèbres, le silence, et le non-être).

故 常 無 欲 以 觀 其 妙

常 有 欲 以 觀 其 徼

Donc, en état de constance (alternance constante entre le non-être et l'être), si on n'a pas de désir, on verra les merveilles, et avec le désir, on verra les abords.

Com. de W. P. : La merveille est l'extrême du microscopique ; toutes les choses commencent au microscopique et sont reproduites : elles commencent au non-être ensuite elles sont nées. Donc, en constance, sans désir, le cœur vide et creux, on peut voir la merveille du commencement des choses.
妙者微之極也萬物始於微而後成。始於無而後生。故常無欲空虛可以觀其始物之妙

Com du chap. 16 : « Le cœur vide et tranquille, on voit que cela retourne. L'être se lève au vide ; le mouvement se lève à la tranquillité. Donc, bien que toutes les choses meuvent en parallèle, enfin elles reviennent au vide et à la tranquillité. Ceci est l'extrême (fond) de la vérité crue ».
以虛靜觀其反復。凡有起於虛動起於靜。故萬物雖並動作卒復歸於虛靜是。物之極篤也

« Les abords tournent à leur fin. L'avantage de l'être se trouve dans le bien du service rendu par le non-être. La base du désir est l'obéissance au tao (le non-être) et ensuite s'y arrêter.
徼歸終也凡有之為利必以無為用欲之所本適道而後濟故常有欲可以觀其終物之徼也 (cela veut dire que le désir ne doit pas se détacher du non-être, et alors, on doit trouver un bon talent où s'arrêter). Donc, en constance avec le désir, on peut voir les abords des choses qui se terminent. »

Selon une interprétation, cette dernière phrase veut dire ; « Le non-être ne peut pas être éclairci par lui-même seul. Absolument il faut compter sur l'être. Donc, en état de constance (alternance entre le non-être et l'être) sur l'extrême des choses, il faut éclaircir son origine. »
夫無不可以無明必因於有故常於有物之極必明其所由之宗也

此 兩 者 同 出 而 異 名

同 謂 之 玄

玄 之 又 玄

眾 妙 之 門

Ces deux sortent du même, mais ils portent des noms différents. Le même s'appelle la profondeur. La profondeur de, et la profondeur est la porte de toutes les merveilles.

Com. de W.P. : Les deux débutent avec la mère, et ils sortent au Hsien (à la profondeur). Ils portent des noms différents par ce qu'ils fonctionnent différemment. Mis au début, il s'appelle le commencement, et mis à la fin, il s'appelle la mère. Le Hsien veut dire les ténèbres, le silence, la quiétude et le non-être (toujours au sens adjectif). Bien entendu, le début signifie l'origine de la mère. On a gagné « quelque chose », mais on ne peut pas nommer, donc on ne peut pas dire le même nom. Alors, on dit le Hsien (profond). On est dans un état où on ne peut pas trouver le mot juste pour exprimer ce que l'on sent. Il ne suffit pas de dire un seul mot Hsien. Si on l'arrête, on perd largement son sens. Hsien de Hsien est l'état d'âme de silence profond. Cf Com. général. (aucun traducteur n'a remarqué cette cacophonie absurde).

Toutes les merveilles sortent, en suivant le Hsien. C'est pour cela qu'on l'appelle la porte de toutes les merveilles.

L'auteur répète : A la fin de ce chapitre, la méfiance de la langue se manifeste. Comme on l'a montré ci-dessus, Laotseu et le Bouddha ont connu la portée de la langue. Pour sa part, Confucius a dit : « Quant à la parole, on n'a qu'à se communiquer. » 辭達而已矣 (ce n'est pas la peine de compliquer la langue).